En ce mois d’avril 2026, la course au titre en Liga a pris des allures de chemin de croix pour le Real Madrid. Alors que le FC Barcelone file vers le sacre avec une régularité clinique, la Maison Blanche s’embourbe dans ses propres contradictions. Depuis l’arrivée de Kylian Mbappé il y a deux ans, le club traverse une zone de turbulences inédite. Analyse froide d’une équipe qui cherche ses repères.
La Liga s’échappe : un printemps madrilène en chute libre
Le sprint final du championnat espagnol devait être le théâtre d’une remontée fantastique. Il se transforme en lente agonie pour les Madrilènes. Le FC Barcelone, leader solide, a profité des moindres faux pas de son rival pour creuser l’écart.
Le dernier accroc en date vient tout juste de confirmer cette impuissance chronique : le 10 avril, le Real a concédé un match nul bien fade (1-1) face à Gérone. Une rencontre sans relief, sans étincelle, où l’équipe a semblé déconnectée de l’urgence de la situation. Ce nouveau faux pas intervient seulement deux jours après une douloureuse défaite en ligue des champions face au Bayern de Munich, prouvant que le mal est profond.
Il y a pourtant eu quelque chose d’étrange dans les semaines précédant ce naufrage. Le Real Madrid dominait Manchester City, battait l’Atlético Madrid, retrouvait une âme et une identité. Et Kylian Mbappé n’était pas là. Puis il est revenu. Et en quelques jours, tout a de nouveau vacillé. La question, inconfortable mais légitime, s’est imposée dans toute l’Espagne : la Maison Blanche ne joue-t-elle pas mieux sans sa superstar ?
Le contraste qui dérange : les chiffres récents
Sans Mbappé : le Real retrouve une âme
Entre fin février et mi-mars 2026, Mbappé est absent sur blessure, une entorse au genou gauche dont le diagnostic a d’ailleurs fait scandale, le staff médical du Real ayant initialement examiné la mauvaise jambe.
Durant cette période, contre toute attente, le Real enchaîne des performances de haute volée :
- L’humiliation de City : Sans Mbappé, ni Rodrygo, ni Bellingham, ni Militão, les Madrilènes écrasent Manchester City (3-0) au Bernabéu, portés par un triplé inattendu de Federico Valverde et un Vinicius Junior plus libre que jamais.
- La confirmation à l’Etihad : Au match retour, un Real Madrid où Mbappé ne joue que quelques minutes en gestion s’impose 2-1 (doublé de Vinicius), éliminant les Citizens avec autorité.
- Le Derby : Le 22 mars, face à l’Atlético Madrid (victoire 3-2). Mbappé entre en jeu à la 63e minute, mais c’est encore Vinicius qui crève l’écran avec un doublé décisif.
Pendant cette séquence, la dynamique est là. Le collectif est compact, impliqué au pressing, guidé par le duo Vinicius-Brahim Díaz. Tout ce qui manquait cruellement depuis des mois.
Avec Mbappé titulaire : les déceptions reprennent
Le retour du Français dans le onze de départ coïncide étrangement avec une rechute des résultats :
- 4 avril (Liga) : Défaite 1-2 à Majorque, une équipe pourtant en lutte pour le maintien. Un revers qui laisse alors le Barça à sept points.
- 7 avril (Ligue des Champions) : Défaite au Bernabéu (1-2) face au Bayern Munich en quarts de finale aller.
- 10 avril (Liga) : Un match nul poussif (1-1) face à Gérone, qui enterre presque définitivement les espoirs de titre en championnat.
La presse espagnole ne mâche plus ses mots. Josep Pedrerol (El Chiringuito) attaque frontalement :
« Kylian Mbappé est très bon, mais il n’a pas compris ce qu’est le Real Madrid. »
🚨 Josep Pedrerol : « 𝗠𝗕𝗔𝗣𝗣𝗘́ 🇫🇷 𝗡’𝗔 𝗣𝗔𝗦 𝗖𝗢𝗠𝗣𝗥𝗜𝗦 𝗖𝗘 𝗤𝗨’𝗘𝗦𝗧 𝗟𝗘 𝗥𝗘𝗔𝗟 𝗠𝗔𝗗𝗥𝗜𝗗. » 🥶
🎙️ @elchiringuitotv pic.twitter.com/PSxgc2thiX
— Actu Foot (@ActuFoot_) April 6, 2026
Le quotidien AS livre un verdict cinglant :
« Les statistiques de Mbappé ne font aucun doute, pas plus que son immense talent, mais pour l’instant, c’est comme si deux planètes évoluaient chacune de leur côté. »
Álvaro Arbeloa, le nouvel entraîneur, tente de désamorcer :
« Cela me paraît compliqué de penser qu’une équipe soit plus compétitive sans le meilleur joueur du monde. »
Reste que la question est posée. En vingt matchs sur le banc, Arbeloa a déjà accumulé autant de défaites que Xabi Alonso en trente-quatre rencontres (un taux d’échec passé de 17,65 % à 30%).
Avant l’été 2024 : une machine parfaitement huilée
Pour mesurer l’ampleur du déclassement, il faut remonter à la saison 2023-2024. La dernière sans Mbappé fut l’une des plus abouties de l’ère Ancelotti : Liga, Ligue des champions et Supercoupe d’Espagne. Sur l’année civile 2024, le club remporte cinq titres, un exploit accompli une seule fois dans les 122 ans d’histoire du club. Le Real s’appuie alors sur Toni Kroos comme métronome, un bloc équipe solidaire et une résilience à toute épreuve.
Le chantier colossal (Saison 2024-2025)
La première saison avec Mbappé coïncide avec les départs de Kroos (retraite) et de Nacho. L’étincelle attendue n’embrase pas le jeu merengue. Le club termine deuxième de Liga (84 points) avec une défense friable (38 buts encaissés). Bilan : zéro grand trophée.
Carlo Ancelotti résumera la situation après son départ :
« Mbappé a été fantastique, marquant environ 50 buts, mais la chimie a changé. »
Deux entraîneurs, mêmes maux (Saison 2025-2026)
Xabi Alonso prend les rênes en mai 2025, mais peine à lier ses têtes d’affiche. Vinicius replonge, Bellingham s’épuise. Alonso est limogé après la finale de la Supercoupe d’Espagne face au Barça. Son successeur, Arbeloa, vit un baptême du feu cauchemardesque : élimination en Copa del Rey par Albacete (3-2) équipe de deuxième division, puis une défaite à domicile contre Getafe (0-1) avant la bonne, mais courte, séquence sans Mbappé.
Les véritables causes structurelles
Ce que les données dessinent, c’est un problème profond qu’aucun entraîneur n’a encore résolu :
- Le vide au milieu : La retraite de Kroos a laissé un gouffre dans la création et le tempo que personne n’a comblé.
- L’instabilité chronique : Trois entraîneurs en deux saisons (Ancelotti, Alonso, Arbeloa) empêchent toute continuité tactique.
- L’infirmerie pleine : Rodrygo, Militão, Bellingham, Courtois, Alexander-Arnold… L’effectif a été constamment fragmenté.
- Le paradoxe statistique : Mbappé cumule 38 buts en 37 matchs cette saison. Il reste le meilleur buteur de l’équipe (et de la Liga avec 25 buts). Sa contribution individuelle est exceptionnelle, mais le collectif en pâtit.
La conclusion n’est pas que Mbappé est le problème. C’est infiniment plus subtil. Arbeloa va devoir trouver la formule alchimique pour réintégrer sa star sans briser la dynamique collective entrevue en mars. De son côté, Kylian Mbappé doit s’employer pour faire briller l’équipe autant qu’il brille individuellement.
Deux saisons. Des dizaines de buts. Zéro titre majeur. Le Real Madrid cherche encore son équilibre. Et le temps presse.
