CAN : pourquoi la CAF envisage déjà de revenir à un rythme biennal

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Motsepe et Infantino. Source : mobile.telquel.ma

Moins d’un an après avoir annoncé un changement majeur dans le calendrier du football africain, la Confédération africaine de football (CAF) pourrait revenir sur sa décision. Le 9 octobre 2026, son président, Patrice Motsepe, a confirmé que l’organisation étudiait la possibilité de rétablir une Coupe d’Afrique des nations (CAN) tous les deux ans, après avoir prévu de passer à un cycle quadriennal à partir de 2028. Un revirement qui remet au centre du débat les intérêts économiques et sportifs ayant entouré la réforme initiale. 

Les clubs européens au cœur des débats sur le calendrier

La décision annoncée en décembre 2025 ne sortait pas de nulle part. Depuis plusieurs années, Gianni Infantino, président de la FIFA, défendait l’idée d’une CAN organisée tous les quatre ans. Son argument : mieux coordonner les compétitions internationales avec les calendriers des grands championnats et limiter les conflits entre les sélections africaines et les clubs employant leurs joueurs.

Pour les clubs européens, dont les compétitions nationales et continentales occupent une grande partie de la saison, les départs de joueurs africains pour la CAN représentent une contrainte récurrente. La multiplication des rencontres, notamment avec l’élargissement de certaines compétitions, a renforcé les tensions autour du calendrier. Le Guardian rapportait en décembre 2025 que le passage à un rythme quadriennal répondait notamment à ces préoccupations, tout en soulignant les inquiétudes de plusieurs fédérations africaines quant aux conséquences financières de la réforme. 

Il serait toutefois excessif d’affirmer que les clubs européens ont, à eux seuls, imposé ce changement. Leurs intérêts convergent avec ceux des instances qui cherchent à rationaliser le calendrier mondial. La question est plutôt de savoir dans quelle mesure la CAF a pu défendre ses propres priorités face à ces pressions.

Une réforme justifiée par de nouvelles ambitions commerciales

Pour défendre le nouveau format, la CAF avait mis en avant la création d’une Ligue des nations africaine, destinée à garantir davantage de compétitions internationales aux sélections. Annoncée en décembre 2025, cette nouvelle épreuve devait permettre à la confédération de proposer un rendez-vous annuel, hors année de Coupe du monde, et de générer de nouvelles recettes commerciales. La CAF affirmait également que cette réorganisation pourrait accroître les contributions financières versées aux 54 fédérations membres. 

Mais ce projet soulevait une question essentielle : une nouvelle compétition pouvait-elle réellement compenser la place économique et symbolique de la CAN ? Selon une analyse publiée par le Guardian, la Coupe d’Afrique représentait historiquement une part majeure des revenus de la confédération, ce qui nourrissait les inquiétudes de plusieurs fédérations face à l’espacement des éditions. 

Le débat dépasse donc la seule fréquence du tournoi. Il concerne la répartition des revenus, la valeur des droits commerciaux et la capacité des instances africaines à tirer profit de leur compétition phare sans dépendre d’un calendrier conçu en fonction des intérêts du football européen.

Un retour en arrière qui fragilise la stratégie de la CAF

En octobre 2026, Patrice Motsepe a reconnu que la CAF réexaminait désormais plusieurs options, dont le retour à une CAN biennale. Pour l’instant, aucun changement définitif n’a été officialisé. Cette remise en question intervient pourtant à peine quelques mois après la présentation d’une réforme censée structurer durablement les compétitions des sélections africaines. 

La situation soulève aussi des interrogations sur la cohérence du calendrier à venir. La CAN 2027, prévue du 19 juin au 17 juillet au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, reste programmée. Les trois pays poursuivent leurs préparatifs, mais des défis persistent concernant les stades, les terrains d’entraînement et les infrastructures d’accueil. 

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La CAF doit ainsi gérer deux dossiers distincts : garantir la préparation de la prochaine édition et clarifier le modèle de ses compétitions à long terme. Modifier à nouveau la fréquence de la CAN impliquerait de revoir l’articulation avec la Ligue des nations africaine et les autres rendez-vous internationaux.

La CAN, entre intérêts mondiaux et priorités africaines

Au fond, le débat révèle la difficulté de concilier les intérêts des clubs, les exigences du calendrier international et les besoins économiques du football africain. Les partisans d’une CAN tous les quatre ans peuvent invoquer une meilleure coordination des compétitions et de nouvelles possibilités commerciales. Ceux qui défendent le rythme biennal soulignent, eux, la place historique du tournoi, ses retombées financières et son importance pour les supporters comme pour les fédérations.

Le revirement envisagé par la CAF ne signifie pas encore que le format quadriennal est abandonné. Il montre néanmoins que la réforme de décembre 2025 n’a pas dissipé les interrogations. Le véritable enjeu sera de déterminer si la confédération peut construire un calendrier stable et rentable tout en préservant la place de la CAN dans le football mondial. C’est sur cette capacité à défendre une stratégie claire, et non sur la seule fréquence du tournoi, que sa crédibilité sera désormais jugée.

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