À un peu plus de huit mois du coup d’envoi, prévu le 19 juin 2027, la CAN 2027 se retrouve déjà confrontée à plusieurs difficultés. Coorganisée par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, la prochaine Coupe d’Afrique des nations fait face à des retards dans les infrastructures qui commencent désormais à inquiéter jusqu’au sein de la CAF. À l’issue d’une tournée d’inspection de huit jours dans les trois pays qui s’est achevée le 28 septembre, le président de la CAF Patrice Motsepe a d’ailleurs résumé la situation en une phrase :
« Nous sommes désormais dans une urgence majeure. »
Des chantiers qui n’avancent pas au même rythme
Les équipes techniques de la CAF ont passé au crible stades, terrains d’entraînement, hôtels et aéroports dans les trois pays organisateurs. Le constat est contrasté. En Ouganda, les travaux du stade de Hoima City progressent lentement, tandis que la rénovation du Mandela National Stadium accuse elle aussi du retard et surtout, aucun des stades inspectés ne répond actuellement aux normes de catégorie 4, le niveau le plus exigeant imposé par la CAF pour ce type de compétition. Le Kenya suscite des inquiétudes tout aussi sérieuses. La Tanzanie, de son côté, apparaît en meilleure posture, même si des défis logistiques persistent, notamment sur la coordination des transports et des capacités d’hébergement entre les trois nations.
Motsepe a tenté de rassurer sans minimiser la situation :
« Nous allons travailler très dur en Tanzanie, je transmettrai le même message au Kenya puis en Ouganda. Nous allons travailler ensemble dans les domaines où nous sommes en retard. »
Janvier, le mois de la vérité
Une deuxième inspection de la CAF est déjà prévue en janvier 2027. Cette nouvelle visite sera particulièrement importante, puisqu’elle permettra de déterminer si les infrastructures sont enfin conformes aux exigences fixées pour accueillir la compétition. Le calendrier est serré : à cette date, il ne restera plus que cinq mois aux pays hôtes pour effectuer les éventuels derniers travaux avant le coup d’envoi.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le trio est confronté à ce type de difficultés. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie avaient déjà accumulé des retards lors de la préparation du CHAN 2024, au point que la compétition avait finalement été reportée à août 2025. Un précédent qui ne manque pas de nourrir les inquiétudes autour de l’organisation de la CAN 2027.
Des alternatives déjà identifiées en coulisses
Selon une enquête du quotidien français Le Monde, publiée le 26 septembre, la CAF aurait discrètement sondé plusieurs pays capables de reprendre l’organisation au pied levé si le trio est-africain venait à faillir. Le Maroc, l’Algérie et l’Afrique du Sud figureraient en tête de liste, l’Égypte et la Côte d’Ivoire étant également évoquées. Le choix de ces nations ne doit rien au hasard : elles disposent respectivement de 16, 7 et 13 stades homologués aux normes de la CAF, un argument de poids quand il s’agit d’organiser une compétition dans l’urgence.
Le Maroc apparaît comme l’une des alternatives les plus crédibles en cas de changement de dernière minute. Le royaume a récemment démontré sa capacité à organiser une CAN à 24 équipes en accueillant l’édition 2025 dans de solides conditions. Pour l’occasion, neuf stades avaient été préparés, alors que le cahier des charges de la CAF en exigeait six, tandis qu’un camp de base avait été prévu pour chacune des 24 sélections qualifiées. Ce ne serait d’ailleurs pas une première pour la CAF de réattribuer l’organisation d’une CAN à quelques mois de son coup d’envoi. En novembre 2018, l’instance avait retiré l’organisation de l’édition 2019 au Cameroun pour la confier à l’Égypte, afin de laisser davantage de temps au pays pour achever ses infrastructures en vue de la CAN 2021, finalement disputée en 2022.
Malgré ces révélations, Patrice Motsepe reste catégorique sur la position officielle de la CAF : « Il n’y a pas de plan B, il n’y a pas de plan C. » Une déclaration qui contraste toutefois avec son propre constat sur le terrain, puisqu’il reconnaît par ailleurs que la préparation de la compétition se trouve dans une « situation de grande urgence ». Un contraste qui alimente les interrogations autour de la gestion de ce dossier par l’instance africaine.
Un cahier des charges jugé déconnecté des réalités africaines
Mais le problème ne se limite pas aux retards des trois pays hôtes . Une autre question se pose : les pays africains ont-ils les moyens de répondre aux exigences de plus en plus élevées de la CAF ?
Depuis 2019, la CAN se joue avec 24 équipes contre 16 auparavant. Cela demande forcément davantage de stades aux normes, de terrains d’entraînement, d’hôtels et de moyens logistiques. Un éventuel élargissement de la compétition avait même été évoqué ces derniers mois. La CAF a finalement confirmé le maintien du format à 24 sélections.
Les exemples ne manquent pas pour mesurer l’ampleur du problème. Lorsles éliminatoires de la CAN 2027, neuf sélections ont déjà dû délocaliser certains de leurs matchs au Maroc. C’est le cas du Niger, du Lesotho, de la Centrafrique, du Liberia, du Bénin, du Togo, de la Guinée, de Madagascar et de la Somalie. Leurs stades n’ont pas été homologués par la CAF.
Les difficultés du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie ne sont donc pas un cas isolé. Elles illustrent un problème plus large sur le continent. Plusieurs pays africains disposent encore de peu d’infrastructures capables de répondre aux standards exigés pour les grandes compétitions.
