Le Portugal au bord de la rupture avec Ronaldo : la retraite internationale se profile-t-elle ?

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Cristiano Ronaldo. Source : Paris Match

Tout commence le 27 septembre à Oslo, face à la Norvège. Jorge Jesus surprend tout le monde en laissant Cristiano Ronaldo sur le banc au coup d’envoi. Avant le match, le sélectionneur avait pourtant été rassurant :

« Nous voulons Ronaldo sur ces quatre matchs, même si ce n’est que pour quelques minutes, mais nous le voulons sur le terrain. »

Un accord aurait même été trouvé entre les deux hommes : Ronaldo devait entrer en jeu pour les trente dernières minutes.

La promesse ne sera jamais tenue. Jesus utilise ses cinq remplacements : Vitinha, Rafael Leão, Rúben Neves, Bernardo Silva, Francisco Trincão, sans jamais faire appel à son capitaine, qui assiste à l’intégralité de la rencontre depuis le banc pour la première fois en dix-huit ans de carrière internationale. Le Portugal l’emporte 2-1, mais Ronaldo quitte le stade directement par le tunnel, sans un geste pour les supporters portugais présents à Oslo. Sa colère est manifeste selon le quotidien portugais Record, qui révèle que la fédération a dû organiser une réunion d’urgence entre le joueur, Jesus et le président Pedro Proença pour désamorcer la tension.

Trois jours plus tard, le couperet tombe définitivement. Lors de sa conférence de presse avant le déplacement à Copenhague pour affronter le Danemark, Jesus annonce publiquement que Ronaldo ne sera ni titularisé, ni même convoqué pour ce match. Quelques heures plus tard, le capitaine quitte le rassemblement. Sur Instagram, il écrit :

« Suite à la conférence de presse du sélectionneur national, et après une conversation avec le président de la Fédération portugaise de football, j’ai décidé de quitter le rassemblement de l’équipe nationale. »

Il conclut :

« Il est maintenant temps de souhaiter bonne chance au Portugal et à tous mes coéquipiers. »

Un schéma qui se répète depuis le départ du Real Madrid

Ce psychodrame n’est pas vraiment une surprise pour qui suit la carrière de Ronaldo depuis 2018. Chaque départ marquant de sa carrière post-Madrid a suivi le même schéma : une tension qui couve, puis une sortie publique fracassante.

L’exemple le plus marquant reste sans doute son départ de Manchester United en novembre 2022. Lors d’une interview explosive accordée à Piers Morgan, Ronaldo avait vivement critiqué son entraîneur Erik ten Hag, l’ancien directeur sportif Ralf Rangnick (« ce type n’est même pas un entraîneur »), mais aussi ses anciens coéquipiers Gary Neville et Wayne Rooney, qu’il accusait d’utiliser son nom pour se mettre en avant. Ten Hag révélera par la suite avoir été totalement pris de court :

« Je voulais qu’il reste depuis le premier instant. C’est lui qui voulait partir, c’était assez clair. L’interview, c’est la première fois qu’il a dit qu’il voulait partir. »

Dès le lendemain, Manchester United annoncera la rupture du contrat « avec effet immédiat ». Ronaldo confiera ensuite à Piers Morgan qu’il se sentait « libre comme un oiseau ».

On retrouve exactement la même mécanique aujourd’hui avec le Portugal : une communication rompue, une décision publique qui prend tout le monde de court, et un joueur qui choisit la sortie plutôt que la discussion en coulisses.

L’effet Ronaldo se mesure aussi en centaines de milliers de followers

Le choc ne s’est pas limité au terrain. Le compte Instagram officiel de la sélection portugaise a perdu des centaines de milliers d’abonnés dans les heures qui ont suivi l’annonce du départ de Ronaldo. Un chiffre qui illustre à quel point l’image et la visibilité médiatique de la Seleção restent indexées sur la présence de leur capitaine. Selon l’analyse du journaliste Romain Molina, Ronaldo représente une véritable « machine à cash » pour une fédération portugaise qui traverse justement des difficultés financières, rendant son départ d’autant plus dommageable, bien au-delà du simple symbole sportif.

Et maintenant ?

La presse portugaise ne cache pas son inquiétude. « Est-ce la fin ? », titrait le quotidien JM, basé à Madère, terre natale de Ronaldo. « CR7 tourne le dos à la sélection », renchérissait O Jogo. Beaucoup d’observateurs s’attendaient déjà à une retraite internationale après la Coupe du Monde 2026, cette crise ne fait qu’accélérer les spéculations.

Il y a pourtant une ironie dans cette rupture : c’est en partie Ronaldo lui-même qui avait facilité l’arrivée de Jesus sur le banc portugais, les deux hommes s’étant côtoyés à Al-Nassr en Arabie Saoudite. Pour Romain Molina, le vrai problème ne tient pas tant à la décision sportive elle-même qu’à sa gestion : un manque de transparence et de franchise au sein de la fédération, une peur manifeste de confronter directement Ronaldo sur son rôle désormais réduit au crépuscule de sa carrière, ce qui a fini par créer une atmosphère toxique, malgré tout ce que le joueur a apporté comme leader par le passé. Un symptôme, selon lui, d’un football devenu trop centré sur les egos individuels, au détriment de l’intérêt collectif de l’équipe nationale.

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