Ces huit matchs de préparation estivale qu’il ne fallait surtout pas surinterpréter

Josephine Tremblay
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Chaque été, les matchs amicaux d’avant-saison suscitent autant d’enthousiasme que de conclusions hâtives. Une victoire contre un cador européen ? Les supporters s’enflamment. Une défaite contre une D3 anglaise ? Le club est en crise. Pourtant, ces rencontres n’ont souvent qu’un intérêt très relatif.

Alors que les clubs peaufinent leur préparation pour la saison 2025-2026, retour sur huit résultats de matchs de pré-saison totalement trompeurs. Preuve que le football d’été n’a rien d’une science exacte.

Real Madrid – Plymouth Argyle (1-0, 2006) : un match arrangé… pour une chambre d’hôtel

Oui, vous avez bien lu : le grand Real Madrid a affronté Plymouth Argyle, modeste club de deuxième division anglaise, pour une raison des plus farfelues. Fabio Capello voulait à tout prix réserver le Schloss Pichlarn, un hôtel prisé par les Anglais. Pour convaincre Plymouth de céder la place, il leur a offert… un match amical.

Le coach de Plymouth, Ian Holloway, avait prévenu dans son style inimitable : « Qu’ils se poussent ! On est Argyle, nous ! Mes gars vont leur laisser des traces, ils ne vont pas aimer ça ! »

Résultat : une victoire madrilène peu glorieuse, sur un penalty douteux. Mais cette performance solide contre les stars européennes ne disait rien de la suite : le Real récupérera le titre en Liga, pendant que Plymouth terminera… 11ᵉ en Championship.

Tottenham – Roma (5-0, 2008) : feu de paille et douche froide

L’été 2008 avait tout d’un conte de fée pour les Spurs. Sept victoires, un nul, et cette démonstration contre la Roma de De Rossi, Mexès et Riise. Darren Bent et David Bentley se régalent, Juande Ramos semble tenir une équipe prête à tout casser.

Mais une fois la Premier League lancée, Tottenham prend 2 points sur 8 matchs, et Ramos est viré en octobre. Harry Redknapp sauvera les meubles en accrochant la 8e place.

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Comme quoi, briller contre les vice-champions d’Italie en juillet ne garantit rien en octobre.

Leyton Orient – Newcastle (6-1, 2009) : le naufrage qui n’annonçait rien

À peine relégué, Newcastle vit un été cauchemardesque. Point d’orgue : une humiliation 6-1 contre Leyton Orient, club de League One.

La presse locale parle de « honte », de « maison de fous », réclame Alan Shearer comme sauveur. Douze ans plus tard, le club n’est toujours pas vendu, Shearer ne deviendra jamais entraîneur, mais Chris Hughton propulsera les Magpies vers un retour express en Premier League avec 102 points.

Quant à Leyton Orient ? 17ᵉ de son championnat. L’humiliation estivale était finalement sans conséquence.

Barcelone – Manchester City (0-1, 2009) : l’illusion d’un changement d’ère

L’été 2009, Manchester City se rêve déjà grand. En battant le Barça de Guardiola au Camp Nou pour le Trophée Gamper, City envoie un signal fort. Certains médias parlent d’un tournant.

La suite ? Mark Hughes est viré cinq mois plus tard. City n’est pas encore prêt.

Barcelone, de son côté, continue son rouleau compresseur : 98 points, 98 buts, une Liga de plus. Zlatan Ibrahimović ne s’intègre pas vraiment, mais bon, qui s’en souvient ?

Arsenal – Benfica (5-1, 2014) : le mirage Sanogo

Un triplé de Sanogo, une équipe d’Arsenal séduisante, un Alexis Sanchez débutant sous les vivats… et puis plus rien. L’attaquant français ne confirmera jamais, et les Gunners vivront une saison correcte mais sans éclat.

Comme quoi, la magie d’un après-midi d’été ne fait pas une carrière.

Manchester United – Manchester City (2-0, 2017) : promesses trompeuses

À Houston, pour le tout premier derby de Manchester disputé à l’étranger, Rashford et Lukaku marquent, United domine City et certains y voient les prémices d’une saison exceptionnelle.

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José Mourinho, lui, reste lucide : « On a encore besoin de renforts. Quand je vois ce que City et les autres recrutent… »

Au final, United finit dauphin, à 19 points de City, auteur d’une saison record à 100 points. Quant à West Ham, que Mourinho voyait prêt à rivaliser grâce à Arnautović, Chicharito et Joe Hart ? Ils terminent 13ᵉ.

Liverpool – Napoli (0-3, 2019) : inquiétude inutile

Juste avant de lancer la saison 2019-2020, Liverpool prend une claque face à Naples. Quatre matchs sans victoire, les doutes s’installent.

Sky Sports s’interroge : « Faut-il s’inquiéter pour les Reds ? »

Réponse : non. Liverpool enchaîne ensuite 26 victoires et 1 nul en 27 journées, pour s’offrir son premier titre de champion depuis 30 ans.

Manchester United – Everton (4-0, 2021) : tout ça pour ça

United écrase Everton 4-0 juste avant le début de saison. Rashford est en forme, Bruno Fernandes aussi, l’arrivée de Varane puis celle de Cristiano Ronaldo semblent tout changer.

Mais rapidement, la machine déraille. Solskjær est remercié, Ronaldo divise, et United finit hors du top 4.

Côté Everton, cette fessée annonçait bel et bien la tempête : Benítez sera viré, et le club jouera le maintien jusqu’au bout.

Pré-saison : une mise en jambes, pas une boule de cristal

Chaque année, les résultats de pré-saison font couler beaucoup d’encre. Mais ces matchs sont là pour tester, expérimenter, intégrer les recrues, et non pour tirer des plans sur la comète.

Une gifle en juillet n’empêche pas un titre en mai. Et une victoire contre un géant n’efface pas les lacunes structurelles d’un effectif.

En somme : mieux vaut savourer les amicaux pour ce qu’ils sont — du football estival, avec tout ce que cela implique — sans trop s’emballer ni s’alarmer.

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